Interview AFP
Par Jean-François GUYOT
Samedi 20 janvier 2007

Retrouvailles passionnées sur les planches de Mireille Darc et Alain Delon

PARIS (AFP) - Mireille Darc et Alain Delon, couple légendaire, partagent pour la première fois l'affiche d'une pièce à partir de mardi sur la scène du théâtre Marigny à Paris, dans une adaptation du livre "Sur la route de Madison" aux troublantes résonances autobiographiques.

La pièce évoque les quatre jours d'une folle passion entre deux amants, de "celle qui n'est donnée de vivre qu'une fois", fait dire à l'un des personnages l'auteur américain Robert James Waller.

Son oeuvre, "The Bridges of Madison Country", vendue à 12 millions d'exemplaires en 36 langues, a été adaptée au théâtre avant le grand écran. Les auteurs, Didier Caron et Dominique Deschamps, en signent la version française, dans une mise en scène d'Anne Bourgeois.

Mireille Darc et Alain Delon reprennent les rôles créés au cinéma par Meryl Streep et Clint Eastwood en 1995 : Francesca est une mère de famille modèle, écartelée entre la morale et la passion adultère. Photographe du National Geographic, Robert est venu faire l'inventaire des ponts couverts de la région. Malgré l'évidence d'un amour absolu et réciproque, Francesca préfèrera y renoncer par devoir familial. Elle ne révèlera son sacrifice que dans une lettre posthume.

"Ce n'est pas seulement une pièce de théâtre. C'est notre vie... ", estime Alain Delon dans un entretien à l'AFP mené dans sa loge de Marigny en présence de Mireille Darc, à quatre jours de la première représentation.

"Cette pièce, on ne la joue pas: on la vit. On se dit des mots et ces mots, ce sont aussi les nôtres", ajoute l'actrice.

"Entre Francesca et Robert, ce n'est pas qu'un rendez-vous manqué. C'est une histoire d'amour. S'ils étaient restés ensemble, cela n'aurait peut-être pas été une aussi belle histoire", fait remarquer Mireille Darc qui a partagé la vie d'Alain Delon pendant près de quinze ans, après leur coup de foudre sur le tournage de "Jeff", film de Jean Herman, en 1969.

"Il faut venir voir cette pièce en couple. Les personnages se disent des choses universelles, que l'on n'a généralement pas le temps de se dire", ajoute l'actrice.

Alain Delon se dit "transporté par cette merveilleuse histoire d'amour" : "Cette pièce, c'est nous, c'est notre vie. Robert Kincaid, le photographe, c'est moi. C'est autobiographique".

"J'ai commencé à lire la pièce et je ne me suis plus arrêté. Mireille a été une évidence. Je l'ai appelée au téléphone. Elle était en week-end avec son mari, à Rome. Je lui ai dit : "Si je joue au théâtre, tu me suis ? C'est oui ou M... !. Elle a dit oui", raconte l'acteur. " La seule autre personne à qui j'ai pensé, si elle m'avait dit non, c'est Nathalie Baye", ajoute-t-il.

"Il ne m'avait rien dit de la pièce. Alain aime les surprises... Je n'ai su que trois mois après", précise Mireille Darc. "Même si ce texte est fort, tout est déjà apprivoisé entre nous. Il y a beaucoup de tendresse et c'est facile", ajoute-t-elle.

Mireille Darc avoue cependant "un trac fou", tandis qu'Alain Delon, comme un lion en cage, attend avec impatience la levée du rideau : "La scène est la plus exceptionnelle des thérapies", dit-il. "On oublie tout. D'autres font du sport, moi je fais du théâtre".

Sur les murs de sa loge, parmi d'innombrables photos de Romy Schneider avec qui il a débuté au théâtre en 1961 dans "Dommage qu'elle soit une p...", l'acteur a mis en bonne place la photo de Madison, fillette de 5 ans, enlevée et tuée en mai 2006 à Eyguières (Bouches-du-Rhône), et à qui il a souhaité dédier la création à Paris de la pièce "Sur la route de Madison".

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